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Tourisme : les carrières d’ocres du Luberon

Tourisme : les carrières d’ocres du Luberon

Le colorado provençal dévoilent ses multiples couleurs

Un passage par le pays des ocres, ça vous marque un homme. Mais aussi ses semelles et ses vêtements... À Roussillon et dans ce coin du Lubéron, l’ocre est partout. Naturel, sauvage, spectaculaire.

Ocres, fil rouge d’un voyage coloré en Roussillon, Sous terre, dans les mines de Bruoux ou au grand air sur les sentiers de Roussillon: l’ocre est le roi, dans ce coin du Lubéron. Sur les sentiers de terre rouge ou dans les profondeurs des mines, les ocres du Roussillon donnent des allures de Colorado à ces incroyables sites du Lubéron. Époustouflant.

 

La plongée la plus évidente se fait à pied, par les inévitables sentiers foulés chaque année par des centaines de milliers de visiteurs. Incontournables quand même. «À Rustrel ou ici à Roussilon, on parle d’un petit Colorado», avance ce Vauclusien. Érodées par la pluie et les vents, les «Cheminées des Fées» épatent par leur port majestueux et leurs tenues rouge vif.

Ce que l’on sait moins, c’est que c’est l’homme, aussi et surtout, qui a sculpté ces splendides paysages. Les ocres de Roussillon ont en effet été intimement liés à la révolution industrielle. «Entre 1880 et 1930, il a été utilisé en masse comme charge colorante et très souvent associé au caoutchouc», rappelle Norbert, au Conservatoire des Ocres. «Regardez les anciennes chambres à air des vélos, elles étaient rouge-orange! Même chose pour les élastiques ou les caoutchoucs des fermetures des bocaux de verre (ndlr: weck).» L’ocre est également utilisé dans l’alimentaire: la peau des saucisses de Strasbourg, les croûtes des fromages de Hollande...

Au plus fort de la frénésie ocrière, début du 20e siècle, on extrayait quarante mille tonnes par an de cet or jaune et rouge des carrières du Lubéron. Une visite s’impose aux mines de Bruoux, à Gargas, à un lancer de caillou de Roussillon. Vous voilà au pied d’une falaise orangée, enflammée les jours de soleil, haute de quarante mètres et surplombée de pins et de feuillus au vert éclatant. Au pied, une demi-douzaine de portes pour géants vous invitent à la découverte. «Pendant 70 ans, jusque dans les années 50, les galeries ont été taillées par les hommes, à coups de pioches à double tranchant», rappelle Sylvie Houssais, coordinatrice du site. «On voit parfaitement les traces de chacun de ces coups.» Quarante kilomètres de galeries sont encore accessibles et on se surprend à chanter, en groupe, un «Frère Jacques» retentissant dans une cathédrale de sable et d’ocre à l’acoustique impeccable. Pas sûr que la même bonne humeur ait accompagné tous les jours ces 150 forçats de la mine, au début des années 1900. «L’ocre était devenu un matériau recherché. Des fermiers se sont improvisés mineurs. Ils n’avaient pas les bonnes techniques pour sécuriser leur travail. Il y a eu pas mal d’accidents mortels dans ces galeries, les premières années...»

Les crises économiques et, surtout, l’arrivée des composants synthétiques, ont quasiment signé l’arrêt de mort industriel des ocres du Lubéron.

Mais depuis quelques années, cette poussière noble retrouve à nouveau des couleurs. La famille Guigou, à la tête de la Société des Ocres de France, extrait et valorise un petit millier de tonnes par an (lire plus bas). La carrière de Gargas vit toujours au rythme des saisons. On extrait de septembre à mai. Et dès les premiers jours de vrai beau temps, les couches épaisses d’ocre décantent, sèchent et se craquellent dans de grands bassins d’une centaine de mètres carrés. Un processus qui n’a pas bougé à travers les siècles. Dans cet éclair artistique d’une peinture rupestre préhistorique ou dans l’enduit coloré qui va habiller chaudement les murs de votre maison, l’ocre n’est jamais loin de la main de l’Homme.